Certains objets me marquent. Les baguettes à volutes d’Isturitz, que j’ai découvertes lors de l’exposition « Arts et Préhistoire » en 2023 au musée de l’Homme, en font partie.
Une inspiration née de l’art mobilier préhistorique
Le modèle Isturitz des Naturalistes s’inspire des décors en volutes observés sur certaines baguettes demi-rondes découvertes dans les grottes d’Isturitz, au cœur du Pays basque. Ces objets constituent l’un des nombreux témoignages de la richesse de l’art mobilier préhistorique mis au jour sur ce site majeur du Paléolithique supérieur.
La grotte d’Isturitz, situées dans les Pyrénées-Atlantiques, a livré une importante quantité d’objets façonnés et décorés : outils, armes, éléments d’art mobilier et objets ornés. Parmi eux figurent des baguettes demi-rondes, dont certaines présentent des décors particulièrement élaborés.
Ce que j’ai retenu, en les regardant : la qualité graphique de ces volutes. Une régularité, une maîtrise qui, des millénaires plus tard, n’a rien perdu de sa force.
Les mystérieuses baguettes demi-rondes
Les baguettes demi-rondes sont principalement réalisées en bois de cervidé, notamment en bois de renne. Leur nom vient de leur section : une face est convexe tandis que l’autre est plus plane.
Des recherches archéologiques ont montré que certaines de ces pièces pouvaient être associées par deux pour former un élément complet. Mais leur fonction reste incertaine. Usages techniques liés à la fabrication d’armatures ? Fonctions rituelles ? Cette incertitude fait partie de ce qui me fascine : leur forme et leur décor nous sont parvenus, mais une partie de leur histoire reste à interpréter.
La volute : un motif venu du Magdalénien
Les baguettes demi-rondes à décor de volutes sont généralement associées au Magdalénien, période de la fin du Paléolithique supérieur. À Isturitz, ce type de décor figure parmi les éléments caractéristiques de l’industrie en matières dures animales découverte dans la grotte.
Les motifs peuvent être profondément travaillés dans la matière et former des compositions abstraites d’une grande régularité. Ces décors témoignent de la maîtrise technique des artisans préhistoriques, capables de transformer une matière naturelle comme le bois de renne en objets à la fois fonctionnels et graphiquement élaborés.
C’est précisément cette qualité graphique qui est au cœur de l’inspiration du modèle Isturitz.
Du dessin préhistorique au bijou contemporain
Dans mon travail, le patrimoine et l’histoire sont une source de création. Le modèle Isturitz s’inscrit dans cette démarche : un motif observé sur un objet archéologique devient le point de départ d’une nouvelle forme.
Je n’ai pas cherché à reproduire une pièce archéologique en miniature. Je me suis inspirée des volutes du support d’origine pour les réinterpréter, les faire exister dans un autre matériau, à une autre échelle, avec une autre intention.
Le bijou devient ainsi un objet de médiation. Il invite à porter un motif dont l’origine se trouve dans les collections de la Préhistoire, tout en attisant la curiosité : d’où vient ce dessin ? Qui l’a réalisé ? Quel était le rôle de l’objet qu’il décorait ?
Porter un fragment d’histoire
La Préhistoire nous a laissé peu de réponses définitives, mais une extraordinaire diversité de formes, de signes et d’images. Les baguettes à volutes d’Isturitz en sont un exemple : leur décor est toujours visible et étudié, tandis que leur fonction exacte continue de faire l’objet d’interprétations.
C’est cette rencontre entre connaissance et mystère qui m’a guidée. Un motif façonné il y a plusieurs millénaires, qui quitte les vitrines et les publications scientifiques pour prendre une nouvelle forme.
Un dessin ancien devient bijou et une manière, à mon échelle, de créer un lien entre patrimoine, histoire et création contemporaine.
